mercredi 3 décembre 2014

actualisation de mon journal intime publié avant que je l'écrive au moment même



A quoi sert l’irruption de l’avant-garde dans ma vie ? Elle m’a allumé dès que mon père me parlait des Cahiers du Cinéma, sous dictature, en 1973 ou même si loin que 1972, où mes souvenirs de presque bébé ne portent traces qui puissent les identifier. Elle m’a allumé dès que j’ai fait de la gravure à trois ans à l’atelier de la Fundacion Rodriguez Acosta, même à des heures qui, du moins pour moi, et pour la TV à deux chaînes, faisaient partie des heures nocturnes. Il m’a allumé pour une belle artiste et graveur étrangère, une japonaise dont j’ai fini par comprendre que la mention de ma part, malgré qu’à l’époque j’avais trois ans, la troublerait fort. Elle a souffert une blessure très grave à la main, dans un moment ou la presse qui l’a blessée a été arrêtée par mon papa. J’aimais les odeurs enivrantes qui se joignaient à la thérébenthine, au musc des filles, au patchouli de certains dessinateurs ou abstraites, au bitume qui compose la couche sur la planche prête pour être gravée au poinçon, à la laque pour ampoule avec laquelle je protégeais les zones qui devaient rester blanches ou encre claire dans la résine et qui était une laque à base d’alcool. De l’herbe aussi, je pense que c’était majoritaire, et j’ai le souvenir d’un artiste responsable expliquant les pour et les contre de mon admission avec lui, mon père, dans l’atelier. Je pense que ce qu’à été décisif est que personne n’était frileux et que moi j’étais un enthousiaste et un séducteur, qui méritait sortir gagnant dans sa triste enfance.

Mon père a fait des dessins très spontanément intégrés à des motifs abstraits, et c’était pas de l’affichisme, mais de la gravure sérieuse et conséquente avec l’Histoire en tant que Modernité et, pour la vente sur la technique, la Tradition. Il avait un énorme espoir en son avenir. Pour moi il avait toutes les cartes pour un coup de poker, sauf que moi j’allais tricher. J’essaie d’imaginer le nom de la peintre japonaise et je pense : Tokyo Fumi, mais son image reste l’image du nom qu’elle m’a si clairement prononcé quand mon père m’avait dans ses bras.

Le monde universitaire arrive trop tard à la rescousse de chaque genre de marginal.
Je n’ai plus besoin certain de me dédommager de la cruauté de la muse, l’alchimie marche aussi avec d’autres muses moins cruelles. Même si la muse viendrait se venger, comme il en arrive dans mes pensées d’obsession ou parfois à travers l’harcèlement sur moi et mon profil. Il y a de quoi débander, mais l’alchimie redresse même la tour de Babel. Agissant dans tournoi, dans tournage, dans tordu, dans rétorsion, dans retour, dans Jacques Tourneur.

A quoi bon de fumer le tabac seul, sans shit, sans herbe, sans héroïne le jour où je crève, sans cannelle, une fois sans cocaïne où les rêves qui m’ont réveillé le matin j’ai jamais su les raconter mais c’était la vie d’artiste, d’antiquaire, de connaisseur et j’avais vingt sept ans ?

Le fait de publier on line ce que va devenir un livre imprimé porte deux conséquences et un corollaire.
1) Joséphine est bien capable d’acheter tous les archives constituant mon roman, à cinq euros c’est bien pour ceux qui veulent partager l’imaginaire, mais pour celui qui s’accroche ça se multiplie
2) c’est une politique connue d’infusion dans le public, ou plutôt de création de public, au risque de pratiquer la gratuité ou presque, même si par la suite un livre en ressort de là
corollaire
Il faut que les proches dont traitent les romans aient beaucoup de bonne humeur pour qu’ils veuillent se rapprocher

Il faut que vous sachiez mes pratiques maniaques pour l’écriture, comme pour la peinture d’ailleurs, même si moins maniaques parce que « coulantes ».
J’allume la tulipe, la lampe plus lumineuse et plus Art Nouveau, Modern Style, que j’ai peint une fois, peut-être ma seule nature morte parce que cette lampe est un idole. Frontalité de la source de lumière, comme dans l’hypnose de la torture ou des effets secondaires de certains médocs. Pendant un certain temps je retenais des semaines entières les poubelles parce que leur position me semblait une sculpture. Je pense que la prochaine fois que j’aie la tentation de garder pour contemplation les poubelles pleines, je vais trancher la question en prenant une photo ou tournant une vidéo. Et après un peu d’exercice et d’air frais. Je pourrais pour faire plus de progrès me maquiller tout le visage d’une couleur monochrome, ou me peindre une moustache. Et hop, je jetterai la poubelle enfin.

C’est juste qu’après quand je serais chez Berthe, qui veut dormir dans une atmosphère propre et pas glacé j’ouvrirai d’abord la fenêtre puis en ayant reçu le coup du froid je fumerai sans ouvrir.

La prison de nacre d'un grain de sable

mercredi 26 novembre 2014

Screamin' Jay Hawkins - Constipation Blues (1969)





Pour les idées qui échappent et qu'on dirait pour soi même ne jamais
avoir eu, c'est pareil qu'avec la constipation, qui surplombe la vie du
soupçon des conséquences de la nutrition.




Certaines plumes malfaisantes ont remis sur le compte de la fécalité
mes postulats de la peinture comme "régression" et ont voulu ignorer par
exemple la crotte de nez (qui existe aussi dans le séjour de Dali dans
l'Italie de Mussolini, où l'impression terrifiante qui fît en lui une
crotte de nez collée au mur des toilettes de son hôtel lui poussa à
écrire et plus tard à se délecter avec celles de sa seule épouse Gala)
ou, tiens, la cigarette, qui est une figure de sucette comme celles qui
portent les bébés, et tout cela pour dénigrer ma peinture et la
transfigurer méchamment.




L'année "la plus joyeuse de ma vie", 1997, j'ai peint avec des
intenses rouge cinabre, bleu outremer et noir et blanc Aristote et sa
courtisane n°1 sur des haut talons elle et lui à quatre pattes, tous
deux à poil. Une fois sec le tableau j'ai collé deux chewing gums (pas
normales, mais diététiques, au ginseng) un sur chaque oeil du
philosophe, voilà le sublime de la régression accompli pour toujours,
après comprenez que je revienne sur des problématiques plus terre à
terre.